Le Pont du Diable

 

 

Voir aussi:                                 http://ghadames.artblog.fr/1577023/Moi-Naim-24-ans-futur-rabbin-d-Algerie/ 

Le pont du Diable

par 

Alexandre DUMAS

Nous étions arrivés à un des endroits les plus curieux de la route du Saint-Gothard à Altorf : c’est un défilé formé par le Galenstok et le Crispalt, rempli entièrement par les eaux de la Reuss, que j’avais vue naître la veille au sommet de la Furca, et qui, cinq lieues plus loin, mérite déjà, par l’accroissement qu’elle a pris, le nom de Géante, qu’on lui a donné. La route, arrivée à cet endroit, s’est donc heurtée contre la base granitique du Crispalt, et il a fallu creuser le roc pour qu’elle pût passer d’une vallée à l’autre. Cette galerie souterraine, longue de cent quatre-vingts pieds, et éclairée par des ouvertures qui donnent sur la Reuss, est vulgairement appelée le trou d’Un.
Après avoir fait quelques pas de l’autre côté de la galerie, je me trouvai en face du pont du Diable : je devrais dire des ponts du Diable ; car il y en a effectivement deux : il est vrai qu’un seul est pratiqué, le nouveau ayant fait abandonner l’ancien.

Blog de mumus : mumus, Le Pont du Diable
Construction entourée de légendes dans une contrée sauvage: le pont du Diable. Selon la légende, le premier pont sur la Reuss uranaise aurait été construit par le Diable. (photo KEYSTONE)

Je laissai ma voiture prendre le pont neuf, et je me mis en devoir de gagner, en m’aidant des pieds et des mains, le véritable pont du Diable, auquel le nouveau favori est venu voler non seulement ses passagers, mais encore son nom.
Les ponts sont tous deux jetés hardiment d’une rive à l’autre de la Reuss, qu’ils franchissent d’une seule enjambée, et qui coule sous une seule arche : celle du pont moderne a soixante pieds de haut et vingt-cinq de large ; celle du vieux pont n’en a que quarante-cinq sur vingt-deux. Ce n’en est pas moins le plus effrayant à traverser, vu l’absence des parapets.
La tradition à laquelle il doit son nom est peut-être une des plus curieuses de toute la Suisse : la voici dans toute sa pureté.
La Reuss, qui coule dans un lit creusé à soixante pieds de profondeur entre des rochers coupés à pic, interceptait toute communication entre les habitants du val Cornera et ceux de la vallée de Goschenen, c’est-à-dire entre les Grisons et les gens d’Un. Cette solution de continuité causait un tel dommage aux deux cantons limitrophes, qu’ils rassemblèrent leurs plus habiles architectes, qu’à frais communs plusieurs ponts furent bâtis d’une rive à l’autre, mais jamais assez solides pour qu’ils résistassent plus d’un an à la tempête, à la crue des eaux ou à la chute des avalanches. Une dernière tentative de ce genre avait été faite vers la fin du XIVe siècle, et l’hiver, presque fini,donnait l’espoir que, cette fois, le pont résisterait à toutes ces attaques, lorsqu’un matin on vint dire au bailli de Goschenen que le passage était de nouveau intercepté.
– Il n’y a que le diable, s’écria le bailli, qui puisse nous en bâtir un.
Il n’avait pas achevé ces paroles qu’un domestique annonça messire Satan.
– Faites entrer, fit le bailli.
Le domestique se retira et fit place à un homme de trente-cinq à trente-six ans, vêtu à la manière allemande, portant un pantalon collant de couleur rouge, un justaucorps noir fendu aux articulations des bras, dont les crevés laissaient voir une doublure couleur de feu. Sa tête était couverte d’une toque noire, coiffure à laquelle une grande plume rouge donnait par ses ondulations une grâce toute particulière. Quant à ses souliers, anticipant sur la mode, ils étaient arrondis du bout, comme ils le furent cent ans plus tard, vers le milieu du règne de Louis XII, et un grand ergot, pareil à celui d’un coq, et qui adhérait visiblement à sa jambe, paraissait destiné à lui servir d’éperon lorsque son bon plaisir était de voyager à cheval.
Après les compliments d’usage, le bailli s’assit dans un fauteuil, et le diable dans un autre ; le bailli mit ses pieds sur les chenets, le diable posa tout bonnement les siens sur la braise.
– Eh bien, mon brave ami, dit Satan, vous avez donc besoin de moi ?
– J’avoue, monseigneur, répondit le bailli, que votre aide ne nous serait pas inutile.
– Pour ce maudit pont, n’est-ce pas ?
– Eh bien ?
– Il vous est donc bien nécessaire ?
– Nous ne pouvons nous en passer.
– Ah ! ah ! fit Satan.
– Tenez, soyez bon diable, reprit le bailli après un moment de silence, faites-nous-en un.
– Je venais vous le proposer.
– Eh bien, il ne s’agit donc que de s’entendre... sur...
Le bailli hésita.
– Sur le prix, continua Satan en regardant son interlocuteur avec une singulière expression de malice.
– Oui, répondit le bailli, sentant que c’était là que l’affaire allait s’embrouiller.
– Oh ! d’abord, continua Satan en se balançant sur les pieds de derrière de sa chaise et en affilant ses griffes avec le canif du bailli, je serai de bonne composition sur ce point.
– Eh bien, cela me rassure, dit le bailli ; le dernier nous a coûté soixante marcs d’or ; nous doublerons cette somme pour le nouveau, mais c’est tout ce que nous pouvons faire.
– Eh ! quel besoin ai-je de votre or ? reprit Satan ; j’en fais quand je veux. Tenez.
Il prit un charbon tout rouge au milieu du feu, comme il eût pris une praline dans une bonbonnière.
– Tendez la main, dit-il au bailli.
Le bailli hésitait.
– N’ayez pas peur, continua Satan.
Et il lui mit entre les doigts un lingot d’or le plus pur, et aussi froid que s’il fut sorti de la mine.
Le bailli le tourna et le retourna en tous sens ; puis il voulut le lui rendre.
– Non, non, gardez, reprit Satan en passant d’un air suffisant une de ses jambes sur l’autre ; c’est un cadeau que je vous fais.
– Je comprends, dit le bailli en mettant le lingot dans son escarcelle, que, si l’or ne vous coûte pas plus de peine à faire, vous aimiez autant qu’on vous paye avec une autre monnaie ; mais, comme je ne sais pas celle qui peut vous être agréable, je vous prierai de faire vos conditions vous-même.
Satan réfléchit un instant.
– Je désire que l’âme du premier individu qui passera sur ce pont m’appartienne, répondit-il.
– Soit, dit le bailli.
– Rédigeons l’acte, continua Satan.
– Dictez vous-même.
Le bailli prit une plume, de l’encre et du papier, et se prépara à écrire.
Cinq minutes après, un sous-seing en bonne forme, fait double et de bonne foi, était signé par Satan en son propre nom, et par le bailli au nom et comme fondé de pouvoir de ses paroissiens. Le diable s’engageait formellement, par cet acte, à bâtir dans la nuit un pont assez solide pour durer cinq cents ans ; et le magistrat, de son côté, concédait, en paiement de ce pont, l’âme du premier individu que le hasard ou la nécessité forcerait de traverser la Reuss sur le passage diabolique que Satan devait improviser.
Le lendemain, au point du jour, le pont était bâti.
Bientôt le bailli parut sur le chemin de Goschenen ; il venait vérifier si le diable avait accompli sa promesse. Il vit le pont, qu’il trouva fort convenable, et, à l’extrémité opposée à celle par laquelle il s’avançait, il aperçut Satan, assis sur une borne et attendant le prix de son travail nocturne.
– Vous voyez que je suis homme de parole, dit Satan.
– Et moi aussi, répondit le bailli.
– Comment, mon cher Curtius, reprit le diable stupéfait, vous dévoueriez-vous pour le salut de vos administrés ?
– Pas précisément, continua le bailli en déposant à l’entrée du pont un sac qu’il avait apporté sur son épaule, et dont il se mit incontinent à dénouer les cordons.
– Qu’est-ce ? dit Satan, essayant de deviner ce qui allait se passer.
– Prrrrrooooou ! dit le bailli.
Et un chien, traînant une poêle à sa queue, sortit tout épouvanté du sac, et, traversant le pont, alla passer en hurlant aux pieds de Satan.
– Eh ! dit le bailli, voilà votre âme qui se sauve ; courez donc après, monseigneur.
Satan était furieux ; il avait compté sur l’âme d’un homme, et il était forcé de se contenter de celle d’un chien. Il y aurait eu de quoi se damner, si la chose n’eût pas été faite. Cependant, comme il était de bonne compagnie, il eut l’air de trouver le tour très drôle, et fit semblant de rire tant que le bailli fut là ; mais à peine le magistrat eut-il le dos tourné que Satan commença à s’escrimer des pieds et des mains pour démolir le pont qu’il avait bâti ; il avait fait la chose tellement en conscience qu’il se retourna les ongles et se déchaussa les dents avant d’en avoir pu arracher le plus petit caillou.
– J’étais un bien grand sot, dit Satan.
Puis, cette réflexion faite, il mit les mains dans ses poches et descendit les rives de la Reuss, regardant à droite et à gauche, comment aurait pu le faire un amant de la belle nature. Cependant, il n’avait pas renoncé à son projet de vengeance. Ce qu’il cherchait des yeux, c’était un rocher d’une forme et d’un poids convenables, afin de le transporter sur la montagne qui domine la vallée, et de le laisser tomber de cinq cents pieds de haut sur le pont que lui avait escamoté le bailli de Goschenen.
Il n’avait pas fait trois lieues qu’il avait trouvé son affaire. C’était un joli rocher, gros comme une des tours de Notre-Dame : Satan l’arracha de terre avec autant de facilité qu’un enfant aurait fait d’une rave, le chargea sur son épaule, et, prenant le sentier qui conduisait au haut de la montagne, il se mit en route, tirant la langue en signe de joie et jouissant d’avance de la désolation du bailli quand il trouverait le lendemain son pont effondré.
Lorsqu’il eut fait une lieue, Satan crut distinguer sur le pont un grand concours de populace ; il posa son rocher par terre, grimpa dessus, et, arrivé au sommet, aperçut distinctement le clergé de Goschenen, croix en tête et bannière déployée, qui venait de bénir l’oeuvre satanique et de consacrer à Dieu le pont du Diable. Satan vit bien qu’il n’y avait rien de bon à faire pour lui ; il descendit tristement, et, rencontrant une pauvre vache qui n’en pouvait mais, il la tira par la queue et la fit tomber dans un précipice.
Quant au bailli de Goschenen, il n’entendit jamais reparler de l’architecte infernal ; seulement, la première fois qu’il fouilla à son escarcelle, il se brûla vigoureusement les doigts c’était le lingot qui était redevenu charbon.
Le pont subsista cinq cents ans, comme l’avait promis le diable.

Alexandre DUMAS, Impressions de voyage, 1834.

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Le coeur perçoit ce que l'oeil ne voit pas   

 

 

dimanche 16 juin 2013 20:57


Peines indélébiles

 

Les douleurs indélébiles
qu'on ne peut oublier...

Et moi, je pleure parce que la mort, c'est pas marrant.
Parce que la mort, c'est dégoûtant, parce que la mort,
ça te prend tout. Ça te laisse comme une loque, ça plonge
ta vie dans la boue. Et ça te noie et ça te bloque,
ça te rend vieux, ça te rend fou
Et moi, je pleure.... 

Mostefa, mon Ami...  

Blog de mumus : mumus, Peines indélébiles    Guelma: Square Mostefa Seridi, havre de paix, du nom de mon ami

       C'était durant les premières années de la Révolution que
 Mustapha SERIDI -Mostefa- faisait son service militaire à MILIANA.
Excellent footballeur, nous devinmes amis jouant tous les deux
au SCMiliana. Révolutionnaire dans l'âme, ce guelmi de naissance,
hissa même un jour le drapeau algérien au sein de la caserne de
Miliana où il effectuait son service militaire et naturellement rejoignit
le maquis pour le combat libérateur. Il tomba les armes à la main
et allongea la liste de nos valeureux Chouhada.

     En échange de souvenirs, il me laissa sa photo que je fis agrandir
et que je garde précieusement. Une très belle photo en tenue militaire.

Post-indépendance, je fis tout mon possible pour retrouver sa
famille à GUELMA pour, au moins, lui offrir l'un de ses derniers
portraits.

Peine perdue...

 En mars 1982, à l'occasion des vacances scolaires, en compagnie
de mon épouse et de deux de nos enfants, Mohammed-Ali et Mérouane, encore en bas âge, nous fimes un voyage en Tunisie. On voyageait alors aussi pour faire quelques achats, les restrictions locales nous privant de pas mal d'articles et denrées. Les Algériens se retrouvaient donc en grand nombre dans les super-marchés et autres magasins tunisiens.

     Faisant une réflexion sur "les prix qui sont aussi élevés
que chez nous", un couple voisin , des Algériens, se mêla
à notre conversation et la sympathie aidant, nous continuames
ensemble une balade à pied dans Tunis.

- D'où êtes-vous?
- De Miliana.
- Et vous?
- De Guelma.

     Dieu me mettait donc en présence de guelmis susceptibles
de me renseigner sur la famille de mon ami Mustapha.

     Et je formulais aussitôt ma question:

"ça tombe bien que vous soyez de Guelma parce que ça fait
des années que je cherche, sans succès, à retrouver la famille
d'un ami devenu mon frère, tombé au champ d'honneur et
je dispose de l'une de ses dernières photos que je voudrais
remettre aux siens. Il s'appelait Mustapha SERIDI."

- Ah! Mostefa, c'est mon frère"
me dit la dame en se jetant à mon cou!

- Oui, c'est son frère et mon cousin!"
       renchérit son mari. 

Et nous passames ensemble tout le reste
de notre séjour à Tunis pour n'évoquer que
les souvenirs sur Mostefa emporté
par le combat libérateur. 

 De: Chiara                                                                            Ernesto Ché Guévara a dit :
" Plutôt mourir vite et debout
que de se consumer lentement et à genoux."
Mostéfa est mort en défendant ses idéaux et en homme
libre. Ce qui est douloureux dans la perte d'un ami,
c'est que l'on  perd un peu de soi-même.
 

Poésie mélancolique

 PEINE EN POESIE

Poème poignant écrit par une dame de Laghouat,
donc de chez moi, à la mémoire de son époux qui
vient de la quitter à l'âge de 57 ans.

Mélancolie

Le ciel d'automne concorde avec mon âme,
Rien ne peut éteindre cette flamme,
Tu as vécu le temps d'un coquelicot,
Nous as quittés beaucoup trop tôt.

J'attends toujours celui qui ne vient pas,
Celui qui fut ravi par subit trépas.

Ton âme s'est envolée aux voûtes éternelles,
Sur ta tombe poussent déjà quelques ronces rebelles,
Tu reposes dans l'abîme de la tombe,
Dans ton linceul blanc, pareil à une colombe.

J'attends toujours celui qui ne vient pas,
Celui qui fut ravi par subit trépas.

Ta pensée en moi, brille comme un miroir,
Seule dans ma chambre à la lueur du soir,
Ton souffle s'est évaporé tel un encensoir,
Par une nuit d'été, à atroce soir.

J'attends toujours celui qui ne vient pas,
Celui qui fut ravi par subit trépas.

Tu avais beaucoup de qualité,
Tu vivais de foi et de piété,
Sage, réservé et raisonnable,
Calme, tolérant et affable.

J'attends toujours celui qui ne vient pas,
Celui qui fut ravi par subit trépas.

Tu as vécu, ce que vivent les roses,
Tu as vécu, l'espace d'un matin,
Tu fus cueille comme toutes choses,
Tu fus cueilli à mi chemin.

J'attends toujours celui qui ne vient pas,
Celui qui fut ravi par subit trépas.

Je prie le dieu aux décrets immuables,
De te classer dans l'Eden des gens louables,
Dieu aux traités éternels,
Dieu aux serments solennels.

J'attends toujours celui qui ne vient pas,
Celui qui fut ravi par subit trépas.

Nos idées étaient semblables,
Nos pensées admirables,
Notre entente mutuelle,
Notre joie éternelle.

J'attends toujours celui qui ne vient pas,
Celui qui fut ravi par subit trépas.

Nous portions le faix d'une vie passagère,
Nous avions la même prière :
« Dieu créateur des mondes, faites que nos vies
Soient ici dans l'au-delà unis. ».

J'attends toujours celui qui ne vient pas,
Celui qui fut ravi par subit trépas.

O, mort déesse cruelle et terrible,
Ta maison a été précoce,
Ta cueillette horrible,
Tu m'as laissé celui qui ne vient pas,

J'attends toujours celui qui ne vient pas,
Celui qui fut ravi par subit trépas.

Au fond de mon âme,
Je ressens une terrible flamme,
O parque cruelle et blême,
Tu l'as ravi sous l'ordre du suprême!

J'attends toujours celui qui ne vient pas,
Celui qui fut ravi par subit trépas.

Voici approcher les pas de l'automne,
La nuit d'hiver sera longue l'attente monotone,
Le vent d'hiver sera sinistre et glacial,
Mon ennui sans égal.

J'attends toujours celui qui ne vient pas,
Celui qui fut ravi par subit trépas.

J'écouterai tomber les gouttes de pluie,
Terrible sort pour un cœur qui s'ennuie,
Ceux qui compatirent à ma douleur sont partis,
Me voici seule, face à mes soucis.

J'attends toujours celui qui ne vient pas,
Celui qui fut ravi par subit trépas.

Je dormais dans la tranquillité, sereine,
Sans souci ni peine, J'entends déjà mon souffle et mon haleine,
Coupés par la frayeur de la solitude,
Adieu calme et quiétude.

J'attends toujours celui qui ne vient pas,
Celui qui fut ravi par subit trépas.

Ma vie semble une nuit sans lune,
Un océan sans fond,
Un abîme noir et profond,
Je vis seule, dans l'infortune.

J'attends toujours celui qui ne vient pas,
Celui qui fut ravi par subit trépas.

Des larmes inaltérables brulent mes yeux,
Dieu que c'est triste et douloureux,
La perte d'un être chérie,
Dieu je meurs d'ennui!

J'attends toujours celui qui ne vient pas,
Celui qui fut ravi par subit trépas.

J'écouterai le bruit intermittent de la pendule,
Ma vie n'a plus de point ni de virgule,
La nuit succèdera au jour,
J'attendrai en vain ton retour.

Fatima DJERIDANE                                            
Site de Mme hbenghia


chiara commente:
Pourquoi est-ce la douleur qui nous fait écrire
les plus beaux vers.Dieu dans sa grande
Miséricorde, nous permettrait il ainsi, de déverser
sur le papier l'encre qui aurait pu noyer notre
coeur

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Le coeur perçoit ce que l'oeil ne voit pas   

vendredi 31 mai 2013 20:13


Mariages mixtes

 

 

 

La vie... chances et

 malchances

 

Enquête-Témoignages Algerie

Blog de ghadames : ghadames, Mariage mixte
Couples mixtes, ça passe ou ça casse !

 

Ils se sont rencontrés, se sont aimés dès le premier regard sans se poser trop de questions sur leurs origines, leur culture, leur religion. De nombreuses histoires d’amour ont commencé ainsi. «L’amour est un oiseau rebelle, que nul ne peut apprivoiser… Rien n’y fait, menace ou prière… L’amour est enfant de bohème. Il n’a jamais connu de loi», chante Carmen dans l’opéra de Georges Bizet. Puis est venu le temps des interrogations et des compromis. Se projeter dans le futur lorsqu’on est de culture et de religion différentes n’est pas toujours facile. Surtout qu’il y a les parents à convaincre et à rassurer. Nous nous sommes rapprochés d’Algériennes et d’Algériens qui ont contracté des mariages mixtes, ils ont bien voulu nous raconter leur expérience.

Amina, 34 ans, un enfant

Amina a connu son mari lors d’une soirée chez des amis. «Luke est italien. Il travaillait dans une société multinationale à Alger depuis deux années. Tout de suite, il y a eu un excellent feeling entre nous. On s’est revus quelques jours après, et on était toujours autant attirés l’un par l’autre. Plus notre histoire devenait sérieuse, plus j’angoissais à l’idée de m’attacher à quelqu’un qui venait de loin. Au bout de six mois, Luke a exprimé le vœu de rencontrer mes parents afin d’officialiser notre relation. Aïe, aïe, aïe ! Comment leur annoncer que l’homme de ma vie était étranger et non musulman ? En plus, dans ma famille, aucune fille n’a convolé avec un Européen. J’avais une cousine qui a épousé un Marocain, mais cela est passé comme une lettre à la poste, du moment qu’il était de confession musulmane. J’ai d’abord parlé à ma mère. Elle a poussé des cris hystériques en me traitant de folle. J’ai dû expliquer que mon prétendant était un type bien, et qu’en plus, il était tout à fait disposé à se convertir à l’islam pour mes beaux yeux. Plusieurs jours se sont écoulés avant que ma mère ne trouve le courage d’en piper mot à mon père. Mon paternel convoqua mes oncles, et après un conseil de famille, ils décidèrent de consulter un imam qui se dit prêt à bénir cette union à condition que le prétendant prononce la chahada et qu’il soit circoncis. Aussitôt dit, aussitôt fait ! Notre mariage a été célébré il y a cinq ans avec la présence des parents de Luke qui ont effectué le voyage depuis Rome. Aujourd’hui, nous sommes parents d’une fillette de trois ans. Je dois dire qu’il n’y a pas eu de choc de culture entre nous, car nous sommes tous les deux ouverts et tolérants. A la maison, nous fêtons aussi bien l’Aïd que Noël. Nous envisageons d’avoir un autre enfant et tout se passe bien entre nous», confie Amina. De plus en plus d’Algériennes sautent le pas en épousant un étranger. Pas toujours facile toutefois de faire admettre à leurs parents que leur fille veut bâtir son foyer avec un homme d’une autre nationalité, d’une autre culture et d’une autre religion.

Assia, 37 ans, et Antoine, 38 ans

Avatar de mimiloudz

Nous les avons rencontrés en vacances à Alger. Eux sont mariés depuis six ans, ont deux enfants et vivent à Paris. Assia raconte. «Mes parents ont d’abord été surpris lorsque je leur ai parlé d’Antoine (il est catholique non pratiquant). Leur hantise, c’était d’affronter la famille et les «qu’en-dira-t-on ?» Et il faut dire qu’ils avaient tout à fait raison. Dès l’annonce de nos fiançailles, on a entendu des vertes et des pas mûres : c’est haram! Une hérésie ! La yadjouz! Et patati et patata. Ils en ont fait des gorges chaudes ! Certains n’ont même pas assisté à la cérémonie de mariage. Nous avons décidé de faire la sourde oreille et d’ignorer toutes ces attaques. De toute évidence, même les parents d’Antoine avaient besoin d’être rassurés de leur côté. Les clichés ont vraiment la dent dure ! Mais une fois que nos familles proches ont été présentées, ils se sont détendus. Culturellement, nous sommes très proches. Quant à nos filles, nous leur avons donné des prénoms internationaux (Lydia et Camélia), et nous leur laissons le choix de la religion lorsqu’elles seront grandes.»

Kamel (51 ans)

Les couples mixtes, ça passe ou ça casse. Kamel a été marié pendant 21 ans avec une Belge. «Je l’avais rencontrée lors de mes études à Bruxelles. L’amour m’a entraîné dans ses filets et la jeunesse a fait le reste. On s’est mariés, et après quelques années en Algérie, elle s’est sentie mal et a souhaité retourner dans son pays. C’est ce que nous avons fait. La vie s’égrenait paisiblement. Les problèmes ont commencé à surgir après la naissance de nos enfants, une fille et un garçon. D’abord, elle m’a imposée de leur donner des prénoms européens puis s’est mise à me reprendre chaque fois que je prononçais un mot en arabe. En effet, je ne voulais pas que mes enfants soient déracinés mais elle ne l’entendait pas de cette oreille. J’essayais de discuter, de trouver un compromis, un juste milieu mais elle s’entêtait à vouloir imprimer sa culture et son mode de vie dans l’esprit des enfants. Les années ont filé et l’amour s’est étiolé. Avec ma femme, je ne partageais plus grand-chose. Elle refusait même de m’accompagner en vacances en Algérie. Les enfants étaient devenus des adolescents mais n’avaient aucune attache du côté de leur famille paternelle. Complètement occidentalisés. Pas un mot d’arabe, aucun concept de l’islam. Notre mariage battait de l’aile. De disputes en conflits, on a fini par divorcer. Aujourd’hui, je me retrouve seul sans l’amour de mes enfants qu’elle a dressés contre moi. Ils sont pourtant grands mais ont subi un véritable lavage de cerveau. Je me dis que si c’était à refaire, je ne commettrai jamais la même erreur. Il y a trop de choses qui nous séparaient dès le début mais l’insouciance de ma jeunesse m’avait rendu aveugle», regrette ce quinquagénaire désabusé

Khaled, 45 ans

Khaled, après avoir fait des études brillantes et son diplôme de mathématiques en poche, espérait trouver du travail. Ce fut la galère pour ce diplômé frais émoulu. Déçu, il décide de quitter le pays pour l’Angleterre. Beaucoup de copains ont tenté leur chance, et après quelques années de misère, ils ont fini par réussir. Khaled en a fait de même. Sauf que lui a rencontré très vite l’oiseau rare : une Anglaise, fille unique, et de surcroît issue d’une famille aisée. Le contact a été très facile d’autant que Khaled, ce rouquin aux yeux bleus, se confondait avec les Anglais. Il rencontra Elisabeth dans une bibliothèque à Londres, et ce fut le coup de foudre. Il rencontra ses parents qui furent ravis, et la date de mariage fut arrêtée. Khaled, musulman pratiquant, émit la condition que le mariage religieux soit célébré, tout en souhaitant qu’Elisabeth se convertisse à l’islam. «Après la naissance de ma fille, Elisabeth de son propre chef a décidé d’embrasser l’islam. Cela a renforcé notre amour ; nous vivions heureux, grâce aux connaissances de mes beaux-parents, j’ai pu avoir un poste de professeur de mathématiques dans un lycée après avoir suivi une année de langues à l’université. Nous habitions un pavillon que mes beaux-parents ont légué à leur fille, j’avais ma voiture et Aicha, ma femme, élevait notre fille Asma. Aicha, en bonne musulmane convertie, portait le hijab, faisait ses cinq prières et se rendait à la mosquée durant les fêtes religieuses. Bref, on coulait des jours heureux. Après Asma, Youssef est venu couronner le bonheur dans lequel nous baignions. Un bonheur qui a duré 10 années. Un beau matin, alors que je me préparais à me rendre au lycée, c’était la veille des vacances scolaires, Aicha m’annonce qu’elle prendrait les enfants pour passer quelques jours de vacances chez ses parents. Je n’ai manifesté aucun refus. On s’est dit au revoir, mais à mon retour, en voulant rentrer chez moi, la clé ne tournait plus dans la serrure. C’est comme si le ciel me tombait sur la tête. Quelques jours après, j’ai reçu une lettre signée par ma femme dans laquelle elle demandait le divorce. On a fait cela à l’amiable, je ne voulais pas avoir de problèmes, son père avait le bras long. Quand j’ai revu pour la dernière fois ma femme, elle ne portait plus le hijab. Là, j’ai compris que c’était du cinéma. Elle a eu deux enfants, qui sont devenus autonomes, elle n’avait plus besoin de moi. Elle a réussi à avoir la garde des enfants. Elle a quitté Londres. Et cela fait cinq ans que je ne les ai plus revus», nous confie amèrement Khaled. Les mariages mixtes comme les mariages tout court sont une vraie loterie. Ça passe ou ça casse. Mais lorsque règne un esprit de tolérance, toutes les différences s’effacent laissant place au meilleur. S’enrichir de la culture de l’autre et en faire une force, c’est peut-être le début du bonheur à deux !  

Soraya Naili  "Le Soir d'Algérie" 11/05/2013

Blog de ghadames : ghadames, Mariage mixte

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Le coeur perçoit ce que l'oeil ne voit pas    

samedi 11 mai 2013 22:57


Envieux et jaloux

 

 

« Il vaut mieux faire envie que pitié. »

 

Blog de ghadames : ghadames, envieux

Le moyen de punir les envieux
       est de les combler de bienfaits     

Blog de ghadames : ghadames, envieux

« L'envieux maigrit de l'embonpoint des autres. »
 Horace

« L'envie ronge les envieux comme la rouille ronge le fer. »
 Antisthène

Blog de ghadames : ghadames, envieux

« Il semble à l'envieux que ce qu'on accorde de mérite aux autres est retranché du sien. »
 Jules Petit-Senn 

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« Voilà un envieux : ne lui souhaitez pas d'enfants , il serait jaloux d'eux parce qu'il ne peut plus avoir leur âge. »
 Friedrich Nietzsche

 Blog de ghadames : ghadames, Les envieux  

De ce qui précède, cette illustration

                            Histoire de L'Envieux et de L'Envié : XLVI-LIIIe nuit  

 
Blog de ghadames : ghadames, Les envieux
 
Dans une ville assez considérable, deux hommes demeuraient porte à porte. L’un conçut contre l’autre une envie si violente, que celui qui en était l’objet résolut de changer de demeure et de s’éloigner, persuadé que le voisinage seul lui avait attiré l’animosité de son voisin, car, quoiqu’il lui eût rendu de bons offices, il s’était aperçu qu’il n’en était pas moins haï. C’est pourquoi il vendit sa maison avec le peu de bien qu’il avait, et se retirant à la capitale du pays, qui n’était pas bien éloignée, il acheta une petite terre environ à une demi-lieue de la ville. Il y avait une maison assez commode, un beau jardin et une cour raisonnablement grande, dans laquelle était une citerne profonde dont on ne se servait plus.
« Le bon homme, ayant fait cette acquisition, prit l’habit de derviche, pour mener une vie plus retirée, et fit faire plusieurs cellules dans la maison, où il établit en peu de temps une communauté nombreuse de derviches. Sa vertu le fit bientôt connaître et ne manqua pas de lui attirer une infinité de monde, tant du peuple que des principaux de la ville. Enfin chacun l’honorait et le chérissait extrêmement. On venait aussi de bien loin se recommander à ses prières, et tous ceux qui se retiraient d’auprès de lui publiaient les bénédictions qu’ils croyaient avoir reçues du ciel par son moyen.
Blog de ghadames : ghadames, Les envieux « La grande réputation du personnage s’étant répandue dans la ville d’où il était sorti, l’envieux en eut un chagrin si vif qu’il abandonna sa maison et ses affaires, dans la résolution de l’aller perdre. Pour cet effet, il se rendit au nouveau couvent de derviches, dont le chef, ci-devant son voisin, le reçut avec toutes les marques d’amitié imaginables. L’envieux lui dit qu’il était venu exprès pour lui communiquer une affaire importante, dont il ne pouvait l’entretenir qu’en particulier. « Afin, ajouta-t-il, que personne ne nous entende, promenons-nous, je vous prie, dans votre cour, et puisque la nuit approche, commandez à vos derviches de se retirer dans leurs cellules. » Le chef des derviches fit ce qu’il souhaitait.
« Lorsque l’envieux se vit seul avec ce bon homme, il commença de lui raconter ce qui lui plut, en marchant l’un à côté de l’autre dans la cour, jusqu’à ce que se trouvant sur le bord de la citerne, il le poussa et le jeta dedans sans que personne fût témoin d’une si méchante action. Cela étant fait, il s’éloigna promptement, gagna la porte du couvent, d’où il sortit sans être vu, et retourna chez lui, fort content de son voyage et persuadé que l’objet de son envie n’était plus au monde. Mais il se trompait fort. »
Scheherazade n’en put dire davantage, car le jour paraissait. Le sultan fut indigné de la malice de l’envieux. Je souhaite fort, dit-il en lui-même, qu’il n’arrive point de mal au bon derviche. J’espère que j’appendrai demain que le ciel ne l’abandonna point dans cette occasion.
XLVII NUIT. Si vous ne dormez pas, ma sœur, s’écria Dinarzade à son réveil, apprenez-nous, je vous en conjure, si le bon derviche sortit sain et sauf de la citerne.
— Oui, répondit Scheherazade ; et le second calender poursuivant son histoire : « La vieille citerne, dit-il, était habitée par des fées et par des génies, qui se trouvèrent si à propos pour secourir le chef des derviches, qu’ils le reçurent et le soutinrent jusqu’au bas, de manière qu’il ne se fit aucun mal. Il s’aperçut bien qu’il y avait quelque chose d’extraordinaire dans une chute dont il devait perdre la vie ; mais il ne voyait ni ne sentait rien. Néanmoins il entendit bientôt une voix qui dit : « Savez-vous qui est ce bon homme à qui nous venons de rendre ce bon office ? » Et d’autres voix ayant répondu que non, la première reprit : « Je vais vous le dire. Cet homme, par la plus grande charité du monde, a abandonné la ville où il demeurait et est venu s’établir en ce lieu dans l’espérance de guérir un de ses voisins de l’envie qu’il avait contre lui. Il s’est attiré ici une estime si générale que l’envieux, ne pouvant le souffrir, est venu dans le dessein de le faire périr, ce qu’il aurait exécuté sans le secours que nous avons prêté à ce bon homme, dont la réputation est si grande, que le sultan qui fait son séjour dans la ville voisine, doit venir demain le visiter, pour recommander la princesse sa fille à ses prières. »
« Une autre voix demanda quel besoin la princesse avait des prières du derviche. À quoi la première repartit : « Vous ne savez donc pas qu’elle est possédée du génie Maimoun, fils de Dimdim, qui est devenu amoureux d’elle ? Mais je sais bien comment ce bon chef des derviches pourrait la guérir : la chose est très-aisée, et je vais vous la dire. Il a dans son couvent un chat noir[29], qui a une tache blanche au bout de la queue, environ de la grandeur, d’une petite pièce de monnaie d’argent. Il n’a qu’à arracher sept brins de poil de cette tache blanche, les brûler et parfumer la tête de la princesse de leur fumée. À l’instant elle sera si bien guérie et si bien délivrée de Maimoun, fils de Dimdim, que jamais il ne s’avisera d’approcher d’elle une seconde fois. »
« Le chef des derviches ne perdit pas un mot de cet entretien des fées et des génies, qui gardèrent un grand silence toute la nuit après avoir dit ces paroles. Le lendemain au commencement du jour, dès qu’il put distinguer les objets, comme la citerne était démolie en plusieurs endroits, il aperçut un trou par où il sortit sans peine.
« Les derviches, qui le cherchaient, furent ravis de le revoir. Il leur raconta en peu de mots la méchanceté de l’hôte qu’il avait si bien reçu le jour précédent, et se retira dans sa cellule. Le chat noir dont il avait ouï parler la nuit dans l’entretien des fées et des génies ne fut pas longtemps à venir lui faire des caresses à son ordinaire. Il lui arracha sept brins de poil de la tache blanche qu’il avait à la queue, et les mit à part pour s’en servir quand il en aurait besoin.
« Il n’y avait pas longtemps que le soleil était levé lorsque le sultan, qui ne voulait rien négliger de ce qu’il croyait pouvoir apporter une prompte guérison à la princesse, arriva à la porte du couvent. Il ordonna à sa garde de s’y arrêter, et entra avec les principaux officiers qui l’accompagnaient. Les derviches le reçurent avec un profond respect.
Le sultan tira leur chef à l’écart : « Bon scheikh[30], lui dit-il, vous savez peut-être déjà le sujet qui m’amène. — Oui, sire, répondit modestement le derviche : c’est, si je ne me trompe, la maladie de la princesse qui m’attire cet honneur que je ne mérite pas. — C’est cela même, répliqua le sultan. Vous me rendriez la vie si, comme je l’espère, vos prières obtenaient la guérison de ma fille. — Sire, repartit le bon homme, si votre majesté veut bien la faire venir ici, je me flatte, par l’aide et faveur Dieu, qu’elle retournera en parfaite santé. »
« Le prince, transporté de joie, envoya sur-le-champ chercher sa fille, qui parut bientôt accompagnée d’une nombreuse suite de femmes et d’eunuques, et voilée de manière qu’on ne lui voyait pas le visage. Le chef des derviches fit tenir un poêle au-dessus de la tête de la princesse, et il n’eut pas si tôt posé les sept brins de poil sur les charbons allumés qu’il avait fait apporter, que le génie Maimoun, fils de Dimdim, fit un grand cri, sans que l’on vît rien, et laissa la princesse libre
« Elle porta d’abord la main au voile qui lui couvrait le visage, et le leva voir où elle était. « Où suis-je ? s’écria-t-elle, qui m’a amenée ici ? » À ces paroles, le sultan ne put cacher l’excès de sa joie ; il embrassa sa fille et la baisa aux yeux. Il baisa aussi la main du chef des derviches, et dit aux officiers qui l’accompagnaient : « Dites-moi votre sentiment. Quelle récompense mérite celui qui a ainsi guéri ma fille ? » Ils répondirent tous qu’il méritait de l’épouser. « C’est ce que j’avais dans la pensée, reprit le sultan, et je le fais mon gendre dès ce moment. ».
« Peu de temps après, le premier vizir mourut. Le sultan mit le derviche à sa place. Et le sultan étant mort lui-même sans enfants mâles, les ordres de religion et de milice assemblés, le bon homme fut déclaré et reconnu sultan d’un commun consentement. »
Le jour, qui paraissait, obligea Scheherazade à s’arrêter en cet endroit. Le derviche parut à Schahriar digne de la couronne qu’il venait d’obtenir ; mais ce prince était en peine de savoir si l’envieux n’en serait pas mort de chagrin, et il se leva dans la résolution de l’apprendre la nuit suivante.
XLVIII NUIT. Dinarzade, quand il en fut temps, adressa ces paroles à la sultane : Ma chère sœur, si vous ne dormez pas, je vous prie de nous raconter la fin de l’histoire de l’envié et de l’envieux. — Très-volontiers, répondit Scheherazade. Voici comment le second calender la poursuivit :
« Le bon derviche, dit-il, étant donc monté sur le trône de son beau-père, un jour qu’il était au milieu de sa cour dans une marche, il aperçut l’envieux parmi la foule du monde qui était sur son passage. Il fit approcher un des vizirs qui l’accompagnaient, et lui dit tout bas : « Allez et amenez-moi cet homme que voilà, et prenez bien garde de l’épouvanter. » Le vizir obéit, et quand l’envieux fut en présence du sultan, le sultan lui dit : « Mon ami, je suis ravi de vous voir ; » et alors, s’adressant à un officier : « Qu’on lui compte, dit-il, tout à l’heure, mille pièces d’or de mon trésor. De plus, qu’on lui livre vingt charges de marchandises les plus précieuses de mes magasins, et qu’une garde suffisante le conduise et l’escorte jusque chez lui. » Après avoir chargé l’officier de cette commission, il dit adieu à l’envieux et continua sa marche.
« Lorsque j’eus achevé de conter cette histoire au génie assassin de la princesse de l’île d’Ébène, je lui en fis l’application. « Ô génie ! lui dis-je vous voyez que ce sultan bienfaisant ne se contenta pas d’oublier qu’il n’avait pas tenu à l’envieux qu’il n’eût perdu la vie ; il le traita encore et le renvoya avec toute la bonté que je viens de vous dire. » Enfin j’employai toute mon éloquence à le prier d’imiter un si bel exemple et de me pardonner ; mais il ne me fut pas possible de le fléchir.
« Tout ce que je puis faire pour toi, me dit-il, c’est de ne te pas ôter la vie ; ne te flatte pas que je te renvoie sain et sauf ; il faut que je te fasse sentir ce que je puis par mes enchantements. » À ces mots, il se saisit de moi avec violence, et, m’emportant au travers de la voûte du palais souterrain qui s’entr’ouvrit pour lui faire un passage, il m’enleva si haut que la terre ne me parut qu’un petit nuage blanc. De cette hauteur, il se lança vers la terre comme la foudre, et prit pied sur la cime d’une montagne.
Blog de ghadames : ghadames, Les envieux « Là, il amassa une poignée de terre, prononça ou plutôt marmotta dessus certaines paroles auxquelles je ne compris rien, et la jetant sur moi : « Quitte, me dit-il, la figure d’homme, et prends celle de singe. » Il disparut aussitôt, et je demeurai seul, changé en singe, accablé de douleur, dans un pays inconnu, ne sachant si j’étais près ou éloigné des états du roi mon père.
« Je descendis du haut de la montagne, j’entrai dans un plat pays, dont je ne trouvai l’extrémité qu’au bout d’un mois, que j’arrivai au bord de la mer. Elle était alors dans un grand calme, et j’aperçus un vaisseau à une demi-lieue de terre. Pour ne pas perdre une si belle occasion, je rompis une grosse branche d’arbre, je la tirai après moi dans la mer et me mis dessus, jambe deçà, jambe delà, avec un bâton à chaque main pour me servir de rames.
« Je voguai dans tel étal et m’avançai vers le vaisseau. Quand je fus assez près pour être reconnu, je donnai un spectacle fort extraordinaire aux matelots et aux passagers qui parurent sur le tillac. Ils me regardaient tous avec une grande admiration. Cependant j’arrivai à bord, et, me prenant à un cordage, je grimpai jusque sur le tillac ; mais comme je ne pouvais parler, je me trouvai dans un terrible embarras. En effet, le danger que je courus alors ne fut pas moins grand que celui d’avoir été à la discrétion du génie.
« Les marchands, superstitieux et scrupuleux, crurent que je porterais malheur à leur navigation si l’on me recevait. C’est pourquoi l’un dit : « Je vais l’assommer d’un coup de maillet ; » un autre : « Je veux lui passer une flèche au travers du corps ; » un autre : « Il faut le jeter à la mer. » Quelqu’un n’aurait pas manqué de faire ce qu’il disait, si, me rangeant du côté du capitaine, je ne m’étais pas prosterné à ses pieds ; mais le prenant par son habit, dans la posture de suppliant, il fut tellement touché de cette action et des larmes qu’il vit couler de mes yeux, qu’il me prit sous sa protection, en menaçant de faire repentir celui qui me ferait le moindre mal. Il me fit même mille caresses. De mon côté, au défaut de la parole, je lui donnai par mes gestes toutes les marques de reconnaissance qu’il me fut possible.
« Le vent qui succéda au calme ne fut pas fort, mais il fut durable : il ne changea point durant cinquante jours, et il nous fit heureusement aborder au port d’une belle ville très-peuplée et d’un grand commerce, où nous jetâmes l’ancre. Elle était d’autant plus considérable, que c’était la capitale d’un puissant état.
« Notre vaisseau fut bientôt environné d’une infinité de petits bateaux remplis de gens qui venaient pour féliciter leurs amis sur leur arrivée ou s’informer de ceux qu’ils avaient vus au pays d’où ils arrivaient ou simplement par la curiosité de voir un vaisseau qui venait de loin.
« Il arriva entre autres quelques officiers qui demandèrent à parler de la part du sultan aux marchands de notre bord. Les marchands se présentèrent à eux, et l’un des officiers prenant la parole, leur dit : « Le sultan notre maître nous a chargés de vous témoigner qu’il a bien de la joie de votre arrivée, et de vous prier de prendre la peine d’écrire, sur le rouleau de papier que voici, chacun quelques lignes de votre écriture.
« Pour vous apprendre quel est son dessein, vous saurez qu’il avait un premier vizir qui, avec une très-grande capacité dans le maniement des affaires, écrivait dans la dernière perfection. Ce ministre est mort depuis peu de jours. Le sultan en est fort affligé, et comme il ne regardait jamais les écritures de sa main sans admiration, il a fait un serment solennel de ne donner sa place qu’à un homme qui écrira aussi bien qu’il écrivait. Beaucoup de gens ont présenté de leurs écritures, mais jusqu’à présent il ne s’est trouvé personne dans l’étendue de cet empire qui ait été jugé digne d’occuper la place du vizir. »
« Ceux des marchands qui crurent assez bien écrire pour prétendre à cette haute dignité, écrivirent l’un après l’autre ce qu’ils voulurent. Lorsqu’ils eurent achevé, je m’avançai et enlevai le rouleau de la main de relui qui le tenait. Tout le monde, et particulièrement les marchands qui venaient d’écrire, s’imaginant que je voulais le déchirer ou le jeter à la mer, firent de grands cris ; mais ils se rassurèrent quand ils virent que je tenais le rouleau fort proprement et que je faisais signe de vouloir écrire à mon tour. Cela fit changer leur crainte en admiration. Néanmoins, comme ils n’avaient jamais vu de singe qui sût écrire, et qu’ils ne pouvaient se persuader que je fusse plus habile que les autres, ils voulaient m’arracher le rouleau des mains ; mais le capitaine prit encore mon parti. « Laissez-le faire, dit-il, qu’il écrive. S’il ne fait que barbouiller le papier, je vous promets que je le punirai sur-le-champ. Si au contraire il écrit bien, comme je l’espère, car je n’ai vu de ma vie un singe plus adroit et plus ingénieux, ni qui comprit mieux toutes choses, je déclare que je le reconnaîtrai pour mon fils. J’en avais un qui n’avait pas, à beaucoup près, tant d’esprit que lui. »
« Voyant que personne ne s’opposait plus à mon dessein, je pris la plume et ne la quittai qu’après avoir écrit six sortes d’écritures usitées chez les Blog de ghadames : ghadames, Les envieuxArabes, et chaque essai d’écriture contenait un distique ou un quatrain impromptu à la louange du sultan. Mon écriture n’effaçait pas seulement celle des marchands, j’ose dire qu’on n’en avait point vu de si belle jusqu’alors en ce pays-là. Quand j’eus achevé, les officiers prirent le rouleau et le portèrent au sultan. »
Scheherazade en était là lorsqu’elle aperçut le jour. Sire, dit-elle à Schahriar, si j’avais le temps de continuer, je raconterais à votre majesté des choses encore plus surprenantes que celles que je viens de raconter. Le sultan, qui s’était proposé d’entendre toute cette histoire, se leva sans dire ce qu’il pensait.
XLIX NUIT. Le lendemain, Dinarzade, éveillée avant le jour, appela la sultane et lui dit : Ma sœur, si vous ne dormez pas, je vous supplie de nous apprendre la suite des aventures du singe. Je crois que le sultan mon seigneur n’a pas moins de curiosité que moi de l’entendre. — Vous allez être satisfaits l’un et l’autre, répondit Scheherazade, et pour ne vous pas faire languir, je vous dirai que le second calender continua ainsi son histoire :
« Le sultan ne fit aucune attention aux autres écritures ; il ne regarda que la mienne, qui lui plut tellement qu’il dit aux officiers : « Prenez le cheval de mon écurie le plus beau et le plus richement enharnaché, et une robe de brocart des plus magnifiques, pour revêtir la personne de qui sont ces six sortes d’écritures, et amenez-la-moi. »
« À cet ordre du sultan, les officiers se mirent à rire. Ce prince, irrité de leur hardiesse, était prêt à les punir ; mais ils lui dirent : « Sire, nous supplions votre majesté de nous pardonner ; ces écritures ne sont pas d’un homme, elles sont d’un singe. — Que dites-vous ? s’écria le sultan ; ces écritures merveilleuses ne sont pas de la main d’un homme ? — Non, sire, répondit un des officiers ; nous assurons votre majesté qu’elles sont d’un singe, qui les a faites devant nous. » Le sultan trouva la chose trop surprenante pour n’être pas curieux de me voir. « Faites ce que je vous ai commandé, leur dit-il, amenez-moi promptement un singe si rare. »
Blog de ghadames : ghadames, Les envieux « Les officiers revinrent au vaisseau et exposèrent leur ordre au capitaine, qui leur dit que le sultan était le maître. Aussitôt ils me revêtirent d’une robe de brocart très-riche, et me portèrent à terre, où ils me mirent sur le cheval du sultan, qui m’attendait dans son palais avec un grand nombre de personnes de sa cour, qu’il avait assemblées pour me faire plus d’honneur.
« La marche commença ; le port, les rues, les places publiques, les fenêtres, les terrasses des palais et des maisons, tout était rempli d’une multitude innombrable de monde de l’un et de l’autre sexes et de tous les âges, que la curiosité avait fait venir de tous les endroits de la ville pour me voir, car le bruit s’était répandu en un moment que le sultan venait de choisir un singe pour son grand vizir. Après avoir donné un spectacle si nouveau à tout ce peuple qui, par des cris redoublés, ne cessait de marquer sa surprise, j’arrivai au palais du sultan.
« Je trouvai ce prince assis sur son trône au milieu des grands de sa cour. Je lui fis trois révérences profondes, et, à la dernière, je me prosternai et baisai la terre devant lui. Je me mis ensuite sur mon séant en posture de singe. Toute l’assemblée ne pouvait se lasser de m’admirer, et ne comprenait pas comment il était possible qu’un singe sût si bien rendre aux sultans le respect qui leur est dû, et le sultan en était plus étonné que personne. Enfin la cérémonie de l’audience eût été complète si j’eusse pu ajouter la harangue à mes gestes ; mais les singes ne parlèrent jamais, et d’avoir été homme ne me donnait pas ce privilège.
« Le sultan congédia ses courtisans, et il ne resta auprès de lui que le chef de ses eunuques, un petit esclave fort jeune, et moi. Il passa de la salle d’audience dans son appartement, où il se fit apporter à manger. Lorsqu’il fut à table, il me fit signe d’approcher et de manger avec lui. Pour lui marquer mon obéissance, je baisai la terre, je me levai et me mis à table. Je mangeai avec beaucoup de retenue et de modestie.
« Avant que l’on desservît, j’aperçus une écritoire ; je fis signe qu’on me l’apportât, et quand je l’eus, j’écrivis sur une grosse pêche des vers de ma façon, qui marquaient ma reconnaissance au sultan, et la lecture qu’il en fit, après que je lui eus présenté la pêche, augmenta son étonnement. La table levée, on lui apporta d’une boisson particulière dont il me fit présenter un verre. Je bus, et j’écrivis dessus de nouveaux vers, qui expliquaient l’état où je me trouvais après de grandes souffrances. Le sultan les lut encore et dit : « Un homme qui serait capable d’en faire autant serait au-dessus des plus grands hommes. »
« Ce prince, s’étant fait apporter un jeu d’échecs, me demanda par signe si j’y savais jouer et si je voulais jouer avec lui. Je baisai la terre et, en portant la main sur ma tête, je marquai que j’étais prêt à recevoir cet honneur. Il me gagna la première partie ; mais je gagnai la seconde et la troisième, et m’apercevant que cela lui faisait quelque peine, pour le consoler, je fis un quatrain que je lui présentai. Je lui disais que deux puissantes armées s’étaient battues tout le jour avec beaucoup d’ardeur ; mais qu’elles avaient fait la paix sur le soir, et qu’elles avaient passé la nuit ensemble fort tranquillement sur le champ de bataille.
« Tant de choses paraissant au sultan fort au-delà de tout ce qu’on avait jamais vu ou entendu de l’adresse et de l’esprit des singes, il ne voulait pas être le seul témoin de ces prodiges. Il avait une fille qu’on appelait Dame de beauté. « Allez, dit-il au chef des eunuques, qui était présent et attaché à cette princesse, allez, faites venir ici votre dame : je suis bien aise qu’elle ait part au plaisir que je prends. »
« Le chef des eunuques partit et amena bientôt la princesse. Elle avait le visage découvert ; mais elle ne fut pas plus tôt dans la chambre, qu’elle se le couvrit promptement de son voile, en disant au sultan : « Sire, il faut que votre majesté se soit oubliée. Je suis fort surprise qu’elle me fasse venir pour paraître devant les hommes. — Comment donc, ma fille, répondit le sultan, vous n’y pensez pas vous-même : il n’y a ici que le petit esclave, l’eunuque votre gouverneur, et moi, qui avons la liberté de vous voir le visage ; néanmoins vous baissez votre voile et vous me faites un crime de vous avoir fait venir ici. — Sire, répliqua la princesse, votre majesté va connaître que je n’ai pas tort. Le singe que vous voyez, quoiqu’il ait la forme d’un singe, est un jeune prince, fils d’un grand roi. Il a été métamorphosé en singe par enchantement. Un génie, fils de la fille d’Eblis, lui a fait cette malice après avoir cruellement ôté la vie à la princesse de l’île d’Ébène, fille du roi Epitimarus. »
Blog de ghadames : ghadames, Les envieux « Le sultan, étonné de ce discours, se tourna de mon côté, et ne me parlant plus par signe, me demanda si ce que sa fille venait de dire était véritable. Comme je ne pouvais parler, je mis la main sur ma tête pour lui témoigner que la princesse avait dit la vérité. « Ma fille, reprit alors le sultan, comment savez-vous que ce prince a été transformé en singe par enchantement ? — Sire, repartit la princesse Dame de beauté, votre majesté peut se souvenir qu’au sortir de mon enfance, j’ai eu près de moi une vieille dame. C’était une magicienne très-habile. Elle m’a enseigné soixante règles de sa science, par la vertu de laquelle je pourrais en un clin d’œil faire transporter votre capitale au milieu de l’Océan, au-delà du mont Caucase. Par cette science je connais toutes les personnes qui sont enchantées, seulement à les voir ; je sais qui elles sont et par qui elles ont été enchantées. Ainsi ne soyez pas surpris si j’ai d’abord démêlé ce prince au travers du charme qui l’empêche de paraître à vos yeux tel qu’il est naturellement. — Ma fille, dit le sultan, je ne vous croyais pas si habile. — Sire, répondit la princesse, ce sont des choses curieuses qu’il est bon de savoir ; mais il m’a semblé que je ne devais pas m’en vanter. — Puisque cela est ainsi, reprit le sultan, vous pourrez donc dissiper l’enchantement du prince ? — Oui, sire, repartit la princesse, je puis lui rendre sa première forme. — Rendez-la-lui donc, interrompit le sultan, vous ne sauriez me faire un plus grand plaisir, car je veux qu’il soit mon grand vizir et qu’il vous épouse. — Sire, dit la princesse, je suis prête à vous obéir en tout ce qu’il vous plaira de m’ordonner. »
Scheherazade, en achevant ces derniers mots, s’aperçut qu’il était jour et cessa de poursuivre l’histoire du second calender. Schahriar, jugeant que la suite ne serait pas moins agréable que ce qu’il avait entendu, résolut de l’écouter le lendemain.
 
A vous d'imaginer la suite de ce conte...
 
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Le coeur perçoit ce que l'oeil ne voit pas

 
 

dimanche 21 avril 2013 16:58


Nana Adjila, la kabyle

A Vava Inova (Mon Petit Papa)

Je t'en prie père Inouba ouvre-moi la porte
O fille Ghriba fais tinter tes bracelets
Je crains l'ogre de la forêt père Inouba
O fille Ghriba je le crains aussi.

Le vieux enroulé dans son burnous
A l'écart se chauffe
Son fils soucieux de gagne pain
Passe en revue les jours du lendemain
La bru derrière le métier à tisser
Sans cesse remonte les tendeurs
Les enfants autour de la vieille
S'instruisent des choses d'antan

La neige s'est entassée contre la porte
L'"ihlulen" bout dans la marmite
La tajmaât rêve déjà au printemps
La lune et les étoiles demeurent claustrées
La bûche de chêne remplace les claies
La famille rassemblée
Prête l'oreille au conte

  

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Vieille dame kabyle au seuil de sa porte

A remarquer la porte kabyle qui date de 1880,
l'année de la construction de la maison avec un mécanisme d'ouverture très ancien

 

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 MOMENTS DE VIE,

                                souvenir, souvenirs...

 
Nana Aldjia, la Kabyle

 Mon premier contact avec la Kabylie fut la demeure pittoresque de nana Aldjia qui se trouvait à quelques mètres de notre maison. Entièrement construite en pierres, elle ressemblait en tous points à celles que l'on trouve en Kabylie, de part et d'autre de ces interminables ruelles escarpées des hameaux de haute montagne. A l'intérieur, c'était la même configuration, le même décor, les mêmes ustensiles et, malgré le dénuement des gens qui l'habitaient, la même hospitalité et la même chaleur humaine. Au fond de la grande pièce aux murs de pierre noircis par la fumée, il y avait une grande cheminée dans laquelle pendait une marmite totalement barbouillée de noir. La flamme qui était à la fois source d'énergie pour cuire le repas et le chauffage durant les hivers rigoureux, veillait sur la demeure comme une sentinelle vigilante. Nana Aldjia nous offrait un pain traditionnel qui était différent du nôtre ; elle préparait un tas de sucreries kabyles qu'elle nous distribuait lorsque nous sortions jouer dans la cour ou qu'elle amenait elle-même chez nous quand le froid nous interdisait de franchir la porte du salon familial où une autre cheminée irradiait les lieux de sa chaleur bienfaisante. Nana Aldjia et son mari Da Yakoub, ainsi que leurs nombreux enfants avec lesquels nous jouions, étaient très proches de nous.

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Dans le temps, les voisins avaient un statut particulier. Mais si nous arrivions à communiquer avec le papa et les gosses, il était toujours difficile de comprendre nana Aldjia qui s'exprimait uniquement en kabyle. Elle avait vécu toute sa vie à 500 kilomètres du pays de ses ancêtres mais s'accrocha fermement à sa langue maternelle, ne jugeant pas utile d'en apprendre une autre. En fait, elle vivait recluse chez elle, mobilisée par les tâches ménagères qui la retenaient des heures entières et, en dehors de sa famille avec laquelle elle communiquait en Kabyle, elle n'avait de relations qu'avec ma mère qui ne parlait qu'arabe. Les voir deviser tout le temps et se comprendre était pour le moins insolite !

 Mes souvenirs d'enfant ramènent des images d'une parfaite entente. Echanges de recettes de cuisine. Palabres et discussions sur les événements majeurs de la journée. Et lorsque, en arrivant à Alger quelques décennies plus tard, je vis ma mère se débrouiller en kabyle avec d'autres voisines et d'autres ménagères rencontrées au marché de Bab-El-Oued, je savais que c'était grâce à nana Aldjia... Voilà mon premier contact avec la Kabylie.

Sans bouger de chez moi, j'étais déjà initié à la culture kabyle à travers nana Aldjia mais aussi grâce aux Aït Si Mohammed, Benmalek, Hadj Messaoud et autres chez qui j'allais souvent et où j'étais toujours reçu et traité comme un des leurs... Mais tout cela ne peut pas remplacer un vrai voyage au pays du Djurdjura. C'est grâce à mon métier que je pus m'y rendre et découvrir l'une des régions d'Algérie les plus belles et les plus riches en traditions maintenues contre vents et marées et en histoire. J'ai découvert Béjaïa avant Tizi-Ouzou mais j'ai compris tout de suite que les deux villes n'étaient pas quelconques. En fait, si l'histoire donne à l'ancienne Naciria un avantage certain, Tizi-Ouzou a su rattraper son retard en se débarrassant de son accoutrement pesant de grosse bourgade gonflée par la colonisation, pour endosser les habits d'une capitale régionale dotée de toutes les infrastructures et jouant un rôle économique, social et culturel de premier plan à travers toute la région.

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La première fois que je suis rentré à Tizi- Ouzou, c'était pour un reportage comparatif entre le programme spécial de Grande Kabylie (la wilaya s'appelait ainsi) et celui du Titteri. Alors que les réalisations stagnaient à Médéa où les retards s'accumulaient au point d'inquiéter les plus hautes autorités, les choses avançaient à un rythme satisfaisant du côté de la Kabylie. Les routes étaient tracées, les retenues collinaires érigées, les coopératives agricoles créées, les lycées, CEM et écoles édifiés, les centres de santé construits en un temps record. A Tizi, j'avais visité les chantiers du stade du 1er-novembre qui remplacera plus tard la vieille enceinte d'Oukil- Ramdane, dépassée par les événements. Une piscine. Une maison de la culture parmi les plus importantes du pays. Des cinémas refaits à neuf. Un hôtel, le Lalla Khedija, qui offrait à la ville son premier palace, etc. Les plans de développement touchaient également la périphérie avec les premières usines qui ont livré, et durant de longues années, ces cuisinières, ces réfrigérateurs et ces climatiseurs que l'on comparait à des «chars d'assaut ». J'ai toujours un frigo Sonelec qui date de la fin des années 70 et qui marche sans problème. Idem pour le gros climatiseur à 24 000 BTU qui rafraîchit, à lui tout seul, la moitié de la maison ! Cette première visite me permit de sillonner toute la Grande Kabylie et, à chaque halte, il y avait une auberge chaleureuse et au style différent pour nous accueillir. Nous fûmes bloqués par la neige dans celle de Aïn-El- Hammam, située à quelques encablures du centre-ville. Durant ces deux ou trois longues journées d'isolement, nous mesurâmes le professionnalisme, la serviabilité et la générosité du personnel de cette structure. Ces travailleurs faisaient partie de la grande famille de Sonatour qui recevait chaque année plus d'un million de touristes venant des pays européens et qui repartaient chez eux satisfaits et impatients de revenir en Algérie. Les chemins qui montent nous menèrent à l'auberge de Larbâa- Nath-Irathen, à celle de Béni Yenni, au chalet de Yakouren : diversité des paysages et des architectures, richesse des décors et des produits de l'artisanat local, mais, partout, le même service de qualité, le même sourire...

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Il nous arrivait de rencontrer des touristes qui ne tarissaient pas d'éloges sur la beauté du paysage et la richesse du patrimoine, ainsi que sur la bonne tenue des hôtels. Nous croisions des groupes de chasseurs qui venaient principalement d'Italie. Le seul hic — il y en a toujours un — se situait au niveau du menu. Si la cuisine occidentale était à l'honneur, avec des chefs talentueux et maîtrisant leur art, les riches plats de la région étaient superbement ignorés... C'était partout la même chose, y compris au sud du pays où l'on vous servait du riz créole ou un lapin aux champignons de Paris. Un jour de mars pluvieux, et alors que nous étions en train de prendre notre petit déjeuner à l'hôtel Lalla Khadija, la télévision interrompit ses programmes pour annoncer la mort des journalistes accompagnant le président Boumediène au Vietnam. Cette nouvelle terrible nous terrassa de bon matin car beaucoup parmi les victimes étaient nos amis, nos collègues, avec lesquels nous avions effectué de nombreux reportages aux quatre coins de l'Algérie. Tout le personnel nous présenta ses condoléances et nous fûmes surpris, au dîner, de recevoir un message manuscrit du directeur de l'établissement, dans lequel il renouvelait la sympathie et la solidarité des travailleurs. Ce soir-là, le repas fut pris en charge par l'établissement. L'hôtel Lalla Khedidja me rappelle un autre souvenir, douloureux celui-là : j'y étais quelques jours avant l'interdiction de la conférence de feu Mammeri. Mais nous étions totalement ignorants des faits. Nous venions de terminer notre reportage et nous regagnâmes Alger sans savoir ce qui se préparait derrière. Le hasard a voulu que je publie une chronique d'humeur intitulé «Le printemps kabyle» le jour même de l'explosion de colère dans les rues de Tizi. Evidemment, je parlais de nature, de fleurs et de fonte de neige et nullement du fameux «Printemps berbère». C'était une simple coïncidence. Mais l'exploitation éhontée de cet événement par notre journal ( El Moudjahid) nous donnera l'occasion, quelques jours plus tard, de stigmatiser le mensonge et la manipulation dans l'une des toutes premières pétitions politiques sorties d'une rédaction algérienne...

Blog de ghadames : ghadames, Nana Aldjia, la KabylePar Maâmar FARAH-  Le Soir d'Algérie

 

 

 

 YENNAYER 2963

Demain nous fêterons le nouvel an amazigh Le Nouvel An Berbère ou Yennayer correspond au 12 janvier de notre calendrier julien. Il marque le début de l’année chez les Berbères et consacre le passage de « La Porte de l’Année » « Ad f-ghen iverkanen, ad kecmen imellalen» Différentes versions sont racontées aussi savoureuses l’une que l’autre. Une première légende raconte qu’une vieille... femme, croyant l’hiver passé, sortit un jour de soleil dans les champs et se moqua de Yennayer. Celui-ci mécontent emprunta alors deux jours au mois suivant, en l’occurrence furar (février) et, pour se venger, déclencha un orage si violent qu’il emporta la vieille dans d’énormes flots bouillonnants. Chez les autres , la même vieille aurait été emportée pendant qu’elle barattait le lait de sa chèvre transformant la vieille en statue de pierre. Ces journées particulières de conflit entre Yennayer et notre petite vieille femme sont appelées l’emprunt (Amerdil) qui est célébré chaque année par un diner de Yennayer, un couscous avec la viande de la volaille sacrifiée, servi tard se doit d'être copieux augurant ainsi une année abondante.

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Ceux ne pouvant se permettre le sacrifice d’un animal serviront de la viande séchée, « acedluh », gardée pour de pareilles occasions.îner de crêpes. Le dîner de l’emprunt (Imensi umerdil) est destiné à éloigner les forces mauvaises. Les familles partagent traditionnellement un repas à base de couscous volaille ; celui-ci doit être copieux pour symboliser l’abondance de l’année qui s’ouvre. Assegas Amegaz

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Le coeur perçoit ce que l'oeil ne voit pas

vendredi 12 avril 2013 03:08


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