A Vava Inouva

 

 

Histoire d'une chanson

A Vava Inova (Mon Petit Papa)

Je t'en prie père Inouba ouvre-moi la porte
O fille Ghriba fais tinter tes bracelets
Je crains l'ogre de la forêt père Inouba
O fille Ghriba je le crains aussi.

Le vieux enroulé dans son burnous
A l'écart se chauffe
Son fils soucieux de gagne pain
Passe en revue les jours du lendemain
La bru derrière le métier à tisser
Sans cesse remonte les tendeurs
Les enfants autour de la vieille
S'instruisent des choses d'antan

La neige s'est entassée contre la porte
L'"ihlulen" bout dans la marmite
La tajmaât rêve déjà au printemps
La lune et les étoiles demeurent claustrées
La bûche de chêne remplace les claies
La famille rassemblée
Prête l'oreille au conte

Blog de mumus : mumus, Avava Inouva

    " En ce qui concerne "Vava inouva", il s'agit d'un texte qui raconte
l'atmosphère et le mode de transmission de notre culture ancestrale au sein du foyer montagnard de Kabylie. Les deux couplets dressent une espèce de diptyque hivernal où le premier tableau présente ces portes qui s'ouvrent sur un mur de neige, cet agora (lieu de rencontre des villageois) vide qui rêve du printemps et ces étoiles qui se sont retirées (derrière les nuages).
Le second tableau présente l'intérieur du foyer. Réunis autour du feu, chaque membre joue un rôle déterminé.
La doyenne qui transmet le savoir ancestral aux petits enfants.
Le doyen qui écoute et qui peut intervenir éventuellement pour apporter une précision qui s'impose.
Le fils préoccupé par le pain quotidien de la famille, son épouse (la bru) qui, derrière son métier à tisser, enregistre les enseignements de sa mère qu'elle aura à transmettre plus tard.
Quant au refrain de la chanson, il est tiré d'un conte pan-berbère et illustre le type de savoir transmis.
    Un jour Idir est venu me voir pour m'exposer son projet de reprendre la musique qu'il a enrichie et le refrain de ce conte de "Vava inouva". L'idée m'a tellement émerveillé que j'aurais pu écrire le texte immédiatement.
Mais un  autre événement marquant est revenu à mon esprit. Quelques jours auparavant, j'avais assisté au Centre Culturel Français, à une conférence de Jean Divignaud.
Cet éminent sociologue nous a parlé de son expérience à Chebika, ce petit village situé à la frontière algéro-tunisienne et dont la seule activité économique était la taille de la pierre. De ce fait, tous les jeunes du village vivent avec l'espoir de quitter un jour ce "trou" pour un monde plus ouvert et plus clément.
    A la fin de sa mission, Duvignaud qui avait sympathisé avec la
population, demande à celle-ci de faire revivre devant une caméra certains de leurs éléments culturels. En plus, il propose une rémunération. Pour sa part, cette population ne savait même pas qu'elle avait des valeurs culturelles. Elle savait encore moins, que celles-ci pouvaient être sources de revenus.
Elles ont donc plutôt accepté de faire plaisir à leur hôte.
Mais quand l'équipe cinématographique a débarqué dans ce village paumé, avec son impressionnant matériel, les interrogations ont commencé à tarauder les esprits. Tout ce monde qui vient de France et tout ce matériel ont été déplacés jusque-là pour eux, pour quelques éléments de leur culture. Il y a de quoi susciter des questions.
    Après le tournage, le retour en France pour le développement et le montage, Duvignaud est retourné à Chebika pour montrer le film à ces "acteurs", de nouvelles idées ont fait leur chemin. C'est ainsi qu'après la projection, des villageois sont revenus voir Duvignaud pour lui proposer d'autres éléments culturels non plus pour gagner un peu d'argent, mais pour affirmer cette personnalité culturelle qu'ils venaient enfin de découvrir.Car entre la fin du tournage et la projection, cette population a enfin eu ce regard introspectif qui lui a manqué jusque-là.
    Et c'est dans cet esprit que le texte a été fait. Il répondait à un
double besoin d'authenticité et de modernité."

BEN MOHAMED

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dimanche 31 août 2014 12:39


Délicieux Couscous...

 

Héritage : Le couscous
                              par les papilles 
                                                et les neurones
 
   
Le dernier Festival national de la création féminine a mis à l’honneur le plat qui fait indubitablement l’identité culinaire maghrébine : le couscous. En effet, le Maghreb commence et se termine là où l’on mange ce grain roulé, comme le notait déjà Ibn Khaldoun. Quoi de plus naturel donc que de célébrer cet élément incontournable de notre culture.

Le couscous fait tellement partie du vécu quotidien, ou du moins hebdomadaire, de chaque Algérien que nous en oublions de creuser le masque de l’évidence pour découvrir la richesse de ce patrimoine culturel. D’ailleurs, ne désigne-t-on pas ce plat par les génériques taâm, naâma ou ‘aïch qui signifient tous «nourriture» ? Hamida Agsous, commissaire du festival, n’hésite pas à parler de «coup de génie» pour évoquer cette hypothétique première femme qui a pensé à «mélanger 2/3 de semoule de blé dur avec de l’eau salée et 1/3 de farine, puis à rouler ces éléments dans un grand plat de terre ou de bois (guessaâ ou djefna) pour obtenir des graines de 1 mm environ après plusieurs passages à travers différents tamis». Ajoutez à cela la cuisson à la vapeur, autre coup de génie, et vous obtenez le couscous.

Ce festival a permis d’entrevoir des dimensions insoupçonnées de notre plat national grâce aux différentes approches abordées. Très bonne surprise en ouverture du catalogue avec des extraits d’un ouvrage à paraître du sociologue Rachid Sidi Boumediène sur l’art culinaire algérien où il esquisse une typologie et une hiérarchie des couscous, du repas familial aux mets des grandes occasions. A chaque occasion son couscous et il serait impensable, par exemple, de le servir sans viandes à des invités de marque. C’est d’ailleurs l’argument d’un conte berbère, immortalisé par Taous Amrouche dans son célèbre recueil, Le Grain magique, où une malheureuse est amenée à égorger son fils pour le servir aux invités !

En visitant les salles du Bastion 23, embaumant des spécialités de toutes les régions, c’est un véritable voyage gustatif que proposait le Festival de la création féminine durant une semaine. Du couscous au mérou de Jijel à la seffa de Tlemcen en passant par les «s’rayer» de Ouargla, ce fut véritablement le festival du palais au Palais des Raïs. L’Algérie a, semble-t-il, cet avantage géographique de la centralité qui lui permet de rassembler des recettes qu’on retrouve dans l’ensemble du Maghreb, ajoutées évidemment aux préparations qui lui sont propres. C’est, en tout cas, la thèse défendue par Houria Cherid, directrice du Musée national des antiquités d’Alger, dans sa conférence où elle a détaillé par le menu les particularités régionales ainsi que les références historiques et archéologiques du couscous. Il serait hasardeux de trancher la question de l’origine du couscous mais son histoire est très fortement liée à celle de l’Afrique du Nord.

Dès le règne de Massinissa, des traces d’ustensiles attestent de la présence de ce plat. La Numidie étant le «grenier à blé de Rome», les ingrédients étaient bien là pour rouler le fameux grain. Plus tard, les auteurs arabes témoigneront largement, et souvent avec admiration, de cette spécificité maghrébine. Certes, avec les aléas de la vie moderne, la tradition du roulage se perd parmi les femmes algériennes d’aujourd’hui, mais sa consommation reste au beau fixe. Pour éviter le couscous fabriqué à la machine, le grain roulé se vend désormais en sachets, en partie grâce à Sid Ali Lahlou. Cet entrepreneur de Tizi Ouzou a su adapter la tradition ancestrale aux nouveaux comportements des consommateurs. Mais pas question pour cet homme qui a appris à rouler le couscous auprès de sa mère, de faire dans l’industriel. La préparation reste à l’ancienne. Toutefois, Lahlou n’hésite pas à explorer d’autres voies comme le couscous à base de riz, de gland ou encore de maïs (tel qu’il se consomme, d’ailleurs, au Brésil).

Le couscous est, aujourd’hui, apprécié aux quatre  coins du monde grâce, notamment, au talent des  cuisiniers maghrébins. Ce destin international du  couscous ne date pas d’hier. En effet, de l’autre côté de la Méditerranée, en Sicile, la préparation du couscous est une tradition séculaire. C’est ce que nous avons découvert avec la passionnante conférence de Marilù Terrasi. Diplômée de philosophie, elle se consacre actuellement, avec son restaurant et ses nombreux ateliers, à la promotion de la tradition «couscoussière» en Sicile et dans toute l’Italie. Elle n’abandonne pas pour autant son penchant littéraire en collectant les poèmes et autres expressions de circonstance liées à l’Incocciata (préparation du couscous), véritable art populaire, affirme-t-elle. Elle nous apprend que la culture du couscous est tellement implantée dans la province de Trapani, et plus précisément à San Vito lo Capo où elle gère son restaurant, que les maçons en sont arrivés à donner son nom à un ciment d’une texture similaire. Ce plat est décidément le ciment du bassin méditerranéen ! L’implantation du couscous en Sicile remonte à la présence arabo-musulmane (qui, faut-il le rappeler, était aussi et surtout maghrébine).

Ce mets, qui peut littéralement se préparer à toutes les sauces, a rapidement conquis les Siciliens. Amateurs de pêche, ces derniers le préparent accompagné le plus souvent de produits de la mer. Le cuscusu se déguste habituellement avec du rouget mais il peut également s’accommoder d’escargots, de sanglier ou même d’algues ! Il existe également un équivalent sicilien du berkoukes (couscous à gros grain mélangé de farine) appelé frascatoli, servi avec de la soupe de poisson. Bref, le couscous est chez lui au pays des pâtes. Pour preuve, la province de Trapani accueille chaque année le seul et unique Festival international du couscous ! Le couscous est aussi ce plat rassembleur par excellence qui, dit-on, peut nourrir tout un village par sa baraka. C’est cette symbolique qu’explorera brillamment notre consœur Leïla Boukli Hacene Tani dans une conférence intitulée «Le plat du partage», inspiré de l’ouvrage éponyme paru en deux volumes à l’occasion de l’Année de l’Algérie en France. C’est une approche quelque peu anthropologique qu’elle emprunte, rappelant l’omniprésence de ce plat dans les sociétés maghrébines, de la naissance à la mort en passant par les mariages. Le grain est évidemment signe de fertilité et la conférencière décèle même dans le mouvement circulaire du roulage une dimension cosmique. Anthropologie certes mais anthropologie amoureuse teintée, à l’occasion, de nostalgie. En effet, Mme Boukli citera quelques-unes des belles plumes ayant contribué à son ouvrage pour dire leur vécu du couscous. Elle se remémore elle-même : «Je revois ma mère assise sur une peau de mouton, la guessaâ en bois entre ses jambes écartées. Ma mère chantait toujours quand elle préparait le couscous. La marmite en terre chantait aussi dans l’âtre. Quand la couscoussière dégageait les dernières vapeurs, elle la renversait sur le plat en bois. Elle nous appelait nous, les filles, pour mettre notre visage au-dessus pour avoir un joli teint…». Mme Boukli avance que la cuisine est certes un lien avec la mère mais que le goût, comme le nom, se transmet par le père.

Preuve par l’exemple : elle se rappellera comment sa mère andalouse a appris à rouler le couscous auprès de la famille tlemcénienne de son père. Plus largement, elle note que cette spécialité berbère a la particularité de dépasser les clivages sociaux. Du frugal couscous aux glands des villages isolés durant la guerre d’Algérie à l’opulent couscous des grands restaurants, c’est le même grain qui fait la joie du riche comme du pauvre et c’est là une des fortes symboliques de ce plat du partage. Par ses rites, ses valeurs et sa transmission dans le temps, le couscous procure à l’Algérien, comme à tout maghrébin, un sentiment de continuité et d’appartenance à une communauté qui apporte son génie à celui des peuples et des nations. C’est là, la définition presque littérale du patrimoine culturel immatériel selon l’Unesco.Qu’attendons-nous donc pour le classer ?
 
Walid Bouchakour

Couscous aux légumes

Délicieux...  Les légumes y sont imprégnés des épices spécifiques au couscous et qui font la richesse de ce plat. Epices qui éveillent les sens et réchauffent les coeurs !! Sans parler de la graine, tendre et discrète, qui est en vérité le pilier du plat. Et aussi,la tendre viande d'agneau.On pourra le manger avec les doigts si la fourchette rompt la spontaneité et le naturel que ce plat inspire.

Les différents couscous préparés en Algérie:


Coucous aux légumes (le classique).



Il s'agit du couscous le plus répandu.
Ce couscous est accompagné d'un bouillon de légumes et de viande.
Ce bouillon peut être rouge ou blanc.
Les légumes varient selon les régions où il est préparé.


Couscous d'orge au glands de chêne (Jijel)

Blog de mumus : mumus, Délicieux Couscous...

Le couscous d'orge (ch3ir) aux glands de chêne (baloute) pilé est un plat très apprécié dans la région de Jijel.
Les glands de chêne vont lui donner un goût très particulier ainsi que sa couleur marron.
Ainsi il est communément appelé couscous noir (seksou dekhel).


Couscous à la lavande sauvage (bel halhal) (Miliana, Alger, Blida, Cherchell...)

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Un couscous préparé à l'occasion de la venue du printemps à base de lavande sauvage, plante à laquelle on attribue de nombreuses vertus.
Il est considéré comme un plat remède.
On ajoute du sucre à ce plat pour masquer un peu le goût amer du halhal.



Couscous "ouchou isafar" (Ghardaïa)

Un couscous de couleur verte due aux plantes aromatiques utilisées pour rouler le grain de couscous.
Il s’agit notamment de feuilles d’eucalyptus et de menthe séchées et réduites en poudre et mélangées à la semoule


Couscous au poisson.

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Préparé généralement avec du mérou.
Certains le préparent même avec des sardines.



Couscous maamar (Mostaghanem)

Blog de mumus : mumus, Délicieux Couscous...

Sa particularité: El Maamar qui est une farce à base de viande de boeuf hachée.


Couscous à la sauce safranée et pimentée (Tlemcen)

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Le couscous ou mesfouf salé aux légumes (Kabylie).



Un couscous aux légumes (haricots, petits pois, courgettes et carottes etc...)
Agrémenté d'huile d'olive et servi avec du lben ou du raïb.


Le mesfouf (variante de couscous sucré).

Mesfouf sucré aux raisins secs.



Mesfouf aux dattes.



C'est souvent un plat que l'on retrouve au moment du s'hour pendant le mois de Ramadhan.




 
On dit que la sauce du couscous de l'est algérien est rouge comme le lever du soleil.
La sauce du centre est blanche comme le soleil à son zénith (à midi).
La sauce de l'ouest est jaune-orange (safran) comme le coucher du soleil.
 

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samedi 14 juin 2014 15:44


moi, le vilain de la famille

 

 

Blog de mumus : mumus, moi, le vilain

On se souvient tous de l'histoire du vilain petit canard qui naît différent de ses frères. Il se fait malmener par le reste du groupe, puis carrément chassé de la basse-cour.
Selon les spécialistes, ce phénomène a été observé chez les êtres humains et qualifié de syndrome du «vilain petit canard».                 Il s'agit d'un de rejet et d'exclusion dont a été victime un cygne qui a grandi malgré lui dans une famille de canards. C'est une petite histoire, selon laquelle un œuf perdu s'est retrouvé accidentellement dans le nid d'une cane. Après éclosion, on découvre un «vilain petit canard» qui ne ressemble pas à ses frères, lequel est en réalité un cygne. Alors la galère commence...                                             Cela explique l'origine de ce qualificatif lourd de sens, mais également de conséquences. C'est un phénomène qui existe depuis longtemps. Il remet en cause l'appartenance à un groupe. La différence physique flagrante d'un enfant, quel que soit son degré, sera vécue par les parents comme un handicap futur. Elle provoquera dans une famille des agressions verbales et même physiques répétées qui aboutissent généralement au rejet. La victime cherche toujours à fuir par peur mais aussi pour être à l'abri des moqueries et des jugements. Pour elle, tant qu'elle est différente physiquement. Le phénomène du vilain petit canard s'observe également dans le milieu professionnel, à l'école et entre amis.

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Moi le vilain petit canard

Ecartés, méprisés, humiliés, rejetés, les «vilains petits canards» gardent de mauvais souvenirs de leur enfance. Que ce soit dans leur milieu familial ou scolaire, ces souffre-douleurs n’étaient pas en odeur de sainteté. Mis en quarantaine, moqués et raillés, ils ont payé cher leur «différence». Stigmatisés, ils ont beaucoup souffert avant de prendre leur revanche.

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Zahida, 37 ans
Un physique ingrat est souvent lourd à porter. Zahida n’a pas été gâtée par la nature. Sa famille ne le lui a jamais pardonné. «J’ai toujours entendu ma mère dire que je ne ressemblais à personne d’autre dans la famille. En grandissant, j’ai compris ce qu’elle me reprochait : ne pas avoir un teint clair et des cheveux soyeux comme ma sœur et mon frère. Mes cheveux crépues et ma petite taille faisaient de moi le vilain petit canard de la famille. A cause de mon physique, j’étais rejetée et mal aimée. J’ai toujours senti que mes parents me traitaient moins bien que les autres. Toutes les corvées m’étaient réservées. Ma sœur était chouchoutée. Pas moi. Elle recevait des cadeaux, les meilleures parts à table et surtout des câlins.
Cette «hogra» était insupportable. A chaque fois que je rouspétais, je recevais une punition. A un moment donné, j’en suis même arrivée à croire que j’avais été adoptée. Ma sœur et mon frère étaient l’objet de toutes les attentions. Eux étaient «beaux» et avaient droit à tous les égards.
A l’adolescence, j’ai complètement perdu confiance en moi. J’avais tellement besoin d’être rassurée, mais, là encore, je me suis heurtée au rejet de mes camarades de classe. Mes résultats scolaires étaient catastrophiques... J’ai beaucoup souffert d’être exclue de partout, mais en même temps, je me suis forgée une carapace. Aujourd’hui, j’ai fondé une famille et je veille scrupuleusement à ne pas reproduire les erreurs de mes parents.

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Mohamed, 40 ans
Etre rejeté par ses camarades de classe, rien de tel pour semer le désordre dans l’esprit d’un adolescent. Parce qu’il était en surpoids vers 14 -15 ans et qu’il avait le visage piqué d’acné, Mohamed a été le vilain petit canard de sa classe. Mes camarades passaient leur temps à me traiter de «smina», de «bonbonne de gaz», de «gros plein de soupe»… A cause de mon obésité, je ne trouvais rien à me mettre. A l’âge où les garçons entretiennent un rapport de séduction avec les filles, moi j’aurai tout donné pour raser les mur et disparaître sous terre. Humilié, insulté et moqué par les garçons de mon âge, j’étais mal dans ma peau. Résultat : je me suis renfermé sur moi-même et cela a duré jusqu’en terminale. Entre- temps, j’avais mûri et j’ai décidé de changer. J’avais la rage. Alors parallèlement à mes études, je faisais du culturisme dans une salle de sport un soir sur deux. En perdant du poids, j’ai gagné de l’assurance. Le regard des autres a changé et, du coup, j’étais mieux accepté et intégré.

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Farid, 45 ans
Etre le souffre-douleur de sa propre famille est certainement une des plus douloureuses expériences à vivre. Farid se souvient : «Mes parents me battaient en répétant que je n’étais qu’un bon à rien. Maigrelet et chétif, on m’avait affublé de tous les sobriquets : «moustique», «mesmar», «mort-vivant», «cadavre ambulant». En plus de mon extrême maigreur, je souffrais d’une presbytie qui m’obligeait à porter d’affreuses lunettes…
Mes frères, qui avaient tous les privilèges, me cognaient dessus. Mon enfance est loin d’avoir été rose. Parce que je n’ai pas eu la chance d’être gâté par la nature comme eux, j’étais devenu leur bouc-émissaire. Seule ma grand-mère savait me consoler.
Je trouvais souvent refuge chez elle et pleurait tout mon saoul en lui racontant mes déboires.
Et surtout, je me promettais de me venger une fois devenu grand. Les années ont passé et la situation n’a pas beaucoup évolué. Je suis toujours méprisé par ma fratrie, mais aujourd’hui, je n’y accorde pas trop d’importance. Dieu merci j’ai réussi ma vie. J’ai une situation confortable. Avoir été maltraité dans ma jeunesse m’a donné la hargne, l’envie de renverser la vapeur, d’être quelqu’un d’accompli. Je me disais, «un jour, je leur montrerai de quoi je suis capable !». J’ai étudié, travaillé et fondé ma propre famille. Et surtout, je me suis forgé un caractère fort et autonome que je n’aurai certainement pas eu si j’avais été «élevé dans du coton», conclut Farid.
«Ce qui ne te tue pas te rend plus fort», disait Nietzsche. De quoi consoler un tant soit peu tous les «vilains petits canards» qui font les frais de la bêtise humaine.                                                Soraya Naili

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samedi 29 mars 2014 21:21


Calédoun

 

Calédoun de Rachid Sellal

L’histoire des déportés algériens
en Nouvelle-Calédonie

Le dossier des déportés algériens en Nouvelle-Calédonie est l’un des éléments de cette mémoire en miettes que des gens de bonne volonté s’attellent à recueillir et à préserver. L’essai de Rachid Sellal, Calédoun, s’inscrit dans un louable effort de réappropriation de la mémoire.



Il s’agit là d’un livre paru aux éditions Casbah et dont l’intérêt documentaire, voire la pertinence historique sont à souligner. Calédoun est d’abord le fruit de recherches laborieuses et de plusieurs déplacements en Nouvelle-Calédonie même. Cette île montagneuse d’Océanie (Pacifique sud), le plus grand territoire français d’outre-mer, était tristement célèbre par son pénitencier de 1854 à 1896. Elle était notamment la terre de bagne des déportés algériens suite à l’insurrection de 1871 et qui s’étaient retrouvés exilés à près de 20 000 km de leur pays. Les séjours sur place ont permis à Rachid Sellal de retrouver une trace émouvante, car presque totalement effacée, de ces déportés. Son ouvrage contribue, de la sorte, à ne pas casser le fil ténu qui les relie eux et leurs descendants à la terre d’Algérie. «Le livre raconte l’histoire dramatique de ces déportés algériens qui, en voulant rester eux-mêmes sans renier leur âme, fiers de leur passé, de leur religion, nous ont laissé un message fort, plein de dignité et d’espoir. L’instauration d’un climat de confiance avec cette communauté a été longue, elle a exigé beaucoup d’efforts et de communication. C’est une intrusion dans leur passé et dans leur intimité familiale. Cette communauté a beaucoup souffert, les anciens parents parlaient très peu de leur passé. Un passé qu’ils souhaitaient oublier à jamais pour permettre à leurs descendants de vivre sur des bases nouvelles et dignes», souligne l’auteur dans son introduction. Aussi, cette enquête historique sera en même temps un hommage à toutes ces victimes de la barbarie du colonialisme français. L’incursion dans un passé vieux de plus de 140 ans s’est faite prudemment. Parce que les sources bibliographiques sont rares et peu fiables. Rachid Sellal relève à ce sujet : «Le peu de livres ou de documents disponibles concernant l’histoire de l’insurrection de 1871 de la Kabylie et celle des déportés algériens de Nouvelle-Calédonie ont été écrits par les vainqueurs, avec les inévitables, inexactitudes qu’ils comportent.» D’un autre côté, cette histoire n’a pu être transmise que par voie orale, chez les familles, de génération en génération. Ce sont ces raisons, parmi d’autres, qui ont incité l’auteur à produire un ouvrage d’une grande valeur historique et qui contribue à enrichir la connaissance mémorielle. Aujourd’hui, le lecteur algérien tient enfin entre les mains un vrai premier livre sur les déportés en Nouvelle-Calédonie, surtout que Rachid Sellal maîtrise parfaitement son sujet et se veut le plus objectif possible. Le titre de cet ouvrage de 160 pages — Calédoun — donne déjà le ton de l’histoire tragique qui sera racontée dans les treize chapitres qui suivent. C’est en effet par ce terme que les premiers déportés algériens désignaient la terre de bagne d’où la plupart d’entre eux n’étaient jamais revenus. Tout de suite après, dans l’introduction, l’auteur entre dans le vif du sujet. Il rappelle le contexte de l’époque (en 1870 et 1871), explique, fait les liens...
En France, «la situation sociale et politique (...) est explosive». Le lecteur commence à se familiariser avec deux noms : «Adolphe Crémieux et Henri Rochefort, deux acteurs majeurs associés à l’histoire des déportés algériens en Nouvelle-Calédonie.» Après l’humiliante défaite de l’armée française contre l’Allemagne, il y eut les évènements sanglants de la commune de Paris en mars 1871. «Plusieurs responsables seront fusillés et plusieurs milliers d’activistes de cette commune seront jugés et déportés en Nouvelle-Calédonie», rappelle Rachid Sellal. Pendant ce temps, en Algérie, la colonisation commet de graves méfaits : expropriation des propriétaires terriens algériens, pillages, meurtres, sanctions, amendes, procès, prison, bagne... Après l’insurrection de 1871, des «Algériens seront à leur tour jugés et déportés en Nouvelle-Calédonie où ils côtoieront durant plusieurs années leurs compagnons d’infortune de la commune de Paris». Sauf que, par la suite, les déportés algériens ne bénéficieront jamais des lois d’amnistie. Par ailleurs, l’auteur juge utile de préciser que «les condamnés algériens à l’éloignement de leur pays étaient initialement classés en trois catégories : transportés, déportés et relégués. Les transportés étaient ceux condamnés pour des faits de droit commun, les déportés pour des faits politiques et les relégués étaient des délinquants multi-récidivistes». Après cela, le lecteur découvre les prémices de la révolte de 1871, le tragique de l’insurrection de Mokrani, la sanglante répression et la politique de la terre brûlée menée par les autorités coloniales. Depuis la fin de l’insurrection, en juillet 1871, beaucoup d’accusés sont condamnés à mort. D’autres, condamnés à la perpétuité, seront déportés en Nouvelle-Calédonie. Parmi les quelque 500 déportés algériens figurent Boumezrag Mokrani, Aziz et M’hand Al Haddad, embarqués le 10 mars 1873. «Boumezrag Mokrani, un des chefs de l’insurrection de 1871, pour avoir été exilé longtemps et exclu du champ d’application de toutes les lois d’amnistie promulguées, restera le plus célèbre parmi ses compatriotes», écrit Rachid Sellal à propos de celui qu’on appelait «le grand captif».
D’autres noms, moins connus, peuplent le livre pour raconter l’histoire des déportés et celle de leurs descendants : Ali Ben Galouz, Ali Amzian Ou Kezzouz, Miloud Ben Abdallah, Abdelkader Boufenèche, etc. L’auteur retrace aussi l’histoire de noms de lieux : l’île des Pins, Bourail, Ourou, Essadiou... Par la suite, «les déportés d’Algérie auront des itinéraires et des destinées différents. La plupart retourneront au pays une fois leur peine accomplie, mais d’autres décident de s’installer durablement dans ce nouveau pays d’adaptation. (...) Au début du vingtième siècle, ils ne seront plus que deux déportés politiques à être maintenus en exil en Nouvelle-Calédonie : Boumezrag Mokrani et Mohamed Ben Taleb». Ceux qui sont restés se marièrent à des Européennes ou à des Mélanésiennes.
En 1896 fut créé le cimetière musulman et, un siècle plus tard, une mosquée fut construite près de la ville de Bourail. Dans l’avant-dernier chapitre consacré à la communauté de descendants de ces déportés, Rachid Sellal évoque des trajectoires peu communes, dont les descendants actuels qui se sont investis «dans le travail, le sport et la reconnaissance culturelle».
Il en fait le portrait enrichi de photographies inédites. Une communauté parfaitement intégrée, note l’auteur. Il reste maintenant à consolider le lien avec les familles d’Algérie... Calédoun est un livre passionnant, d’autant plus qu’il apporte un excellent éclairage sur une page sombre et souvent occultée de l’histoire. Le genre d’ouvrage à lire absolument.
Hocine Tamou

Rachid Sellal, Calédoun, Casbah-Editions, Alger 2013, 160 pages.

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Le coeur perçoit ce que l'oeil ne voit pas 

jeudi 20 mars 2014 11:27


Silence, Massacres

 

 

Silence, on massacre les

 animaux dans le désert !

le 21.02.14   -  El Watan  -  Slim Sadki

 Gazelle des sables Gazelle des sables

Blog de mumus : mumus, Silence,Massacres

Beaucoup d’animaux désertiques sont systématiquement massacrés et plusieurs mammifères endémiques d’Afrique du Nord ont totalement disparu. Chronique nécrologique.

Un inventaire de la faune du désert établi dans la région de l’Ahaggar montre que sur les 37 espèces de mammifères identifiés, dont les plus grands, le guépard, le lynx caracal, l’hyène rayée, le mouflon, les gazelles et les antilopes et les gazelles, trois grandes espèces n’ont plus été revues depuis des décennies : les antilopes comme l’addax et l’oryx et la gazelle Dama. La gazelle des sables, la Rym, Gazella leptoceros, elle non plus n’est plus réapparue. A-t-elle trouvé refuge dans les ergs qu’elle affectionne ? Et la gazelle bien de chez nous, l’espèce endémique à l’Afrique du Nord, la gazelle du Cuvier, appelée aussi gazelle de montagne ou gazelle de l’Atlas, Edmi dans le langage vernaculaire, actuellement sauvagement pourchassée et décimée par les braconniers en tous genres assurés de l’impunité.

On la trouvait de part et d’autre de l’Atlas saharien et ce qu’il en reste s’est réfugié plus au sud. L’autre espèce de gazelle intensivement traquée est la gazelle des plateaux, la Gazelle dorcas, Sini en vernaculaire. C’était la plus répandue dans la steppe. Elle est systématiquement massacrée par les braconniers avec armes sophistiquées, voitures de terrain suréquipées assistés d’avions de reconnaissance ou simplement par épuisement de l’animal après une impitoyable course-poursuite. Leurs tableaux de chasse, qui circulent sur les réseaux sociaux, sont un véritable scandale et une insulte qui ne font réagir que les internautes. 

Princes

Autre grand massacre systématique d’animaux désertiques, celui de l’outarde houbara qui fait couler plus d’encre que les gazelles bien que sa condition, à déplorer également, est pire que celle des gazelles. On a très peu d’informations sur les prises faites par les princes du Golfe qui s’adonnent depuis plusieurs années, avec la protection de plus hautes autorités du pays, au braconnage de cette espèce protégée par les lois du pays et les conventions internationales. Les princes du Golfe sont les ennemis jurés de l’outarde. Avant le pétrole et son opulence, la chair de l’houbara remplaçait le maigre régime des bédouins qui peuplaient la péninsule arabique constituée essentiellement de lait, de pain et de dattes.

La fauconnerie pratiquée depuis 4000 ans en Europe et en Asie est tombée en désuétude, sauf pour une caste d’émirs qui la pratiquaient essentiellement pour sublimer le faucon Sacre, un trait de caractère de la culture bédouine. La chair de l’outarde importait peu pour ces sportifs. Puis vint la fauconnerie moderne des princes arabes impulsée par les énormes revenus engrangés par le pétrole. Les émirs immensément riches vont se payer de luxueuses voitures de terrain superéquipées, des équipements de télédétection perfectionnés, des jumelles et des longues-vues sophistiquées. Les 4x4 remplacent les chevaux, les caravanes climatisées les tentes. Les parties de chasse sont plus longues et rassemblent des centaines de personnes, sans compter les employés à leur service. On compte alors quelque 3000 fauconneries dans le Golfe persique, chaque prince a la sienne.

Colonnes de 4x4

Débute alors, à partir de 1975, un immense massacre. Des milliers d’outardes sont abattues chaque année de la Mongolie au Maroc. Dans ce pays, 30% des effectifs sont tués entre 1975 et 1985 ;  5000 individus en 1982 et 1983 au Baloutchistan (Iran-Pakistan). Au Pakistan, les princes arabes tuent jusqu’à 900 outardes par partie de chasse. Après avoir vidé aussi les plaines de l’Asie centrale, d’Iran, d’Afghanistan, les princes encore plus nombreux et plus riches se tournent vers l’Afrique du Nord. En quelques années, ils anéantissent les populations d’outarde tunisienne et s’attaquent à l’Algérie. Ils prennent leurs quartiers à El Bayadh, Biskra, Laghouat, Ghardaïa et Djelfa.

Des quartiers qu’ils se disputent âprement au point d’en venir aux armes comme ce fut le cas à El Bayadh. Avec l’aide et le soutien des autorités, des camps retranchés et superéquipés sont installés et les autochtones voient tournoyer dans le ciel leurs avions de reconnaissance, en plus des colonnes de 4x4 traverser la campagne. Les émirs saoudiens, qataris et des EAU promettent en échange des avantages économiques et financiers comme au Maroc et en Tunisie. Pour pallier leur dévastation, ils proposent l’introduction d’outarde d’élevage. Une expérience identique s’est soldée par un échec en 1986 avec des Saoudiens qui avaient été autorisés à prélever des œufs à El Bayadh pour un centre d’élevage qui a ouvert ses portes à Taief (La Mecque).

En 1996, face aux ravages commis dans la population de l’outarde houbara asiatique, se tient sous les auspices de l’UICN à Mascat (Oman) une réunion pour discuter d’un système de gestion (exploitation) et de conservation de l’espèce. Cala va donner naissance, en 1997, au NARC (Centre national de recherche d’Avain-Abou Dhabi) qui a relâché depuis 1000 outardes.

Restauration

En 1995, 20 ans après le déferlement des émirs braconniers, le royaume du Maroc crée le ECWP pour la restauration des populations d’outarde décimées. Officiellement, cet organisme émirati exporte plus de 5000 outardeaux vers le Moyen-Orient. Depuis la révolution du Jasmin, le président Marzouki est aux prises avec la société civile tunisienne qui l’interpelle sur les autorisations accordées aux princes du Golfe comme au temps de Ben Ali. L’outarde est une espèce rétive à la captivité et ne se reproduit en élevage que par insémination artificielle.

Donc manipulation et artificialisation du processus de reproduction. Ce que semblent ne pas savoir les autorités locales et nationales qui, à El Bayadh, ont fait la fête à 50 outardeaux rapportés des EUA contre l’attribution d’une parcelle de 400 ha pour la réalisation d’un centre d’élevage censé enrayer la disparition de l’espèce. Ce qu’on cache aux Algériens, c’est qu’on va remplacer l’espèce sauvage par une espèce domestique au seul bénéfice des faucons et de leurs heureux propriétaires.

Slim Sadki
 

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vendredi 14 mars 2014 22:04


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